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    Selon certains peuples, les techniques liées au passage de la première menstruation contribuent à socialiser les corps féminins. Depuis le mouvement hippie, de nombreux groupes de mères ou de familles en recherche de reconnection spirituelle tentent de re-sacraliser les cycles naturels de leur vie féminine en raison de la
    perte de sens et de contact avec leurs instincts, leur nature, leur esprit ou leurs profondes racines autochtones. Certains cherchent à reconstruire des liens profonds avec leur corps en leur donnant une place prioritaire et une attention qu’elles avaient jusqu’alors été amnésiée en raison de leur éducation, de la forte pression sociale liée et la course à la reconnaissance et la consommation.
    À travers le mouvement de l’indépendance féminine des années 1960, l’indépendance des femmes et la recherche de l’égalité aux hommes, ont conduit les femmes à se déconnecter de leur sang menstruel et de leur l’utérus. C’était un désir de ne pas dégager une énergie qui était jugée comme une faiblesse par l’homme contemporain et fausser cette recherche d’équité. Les marques de publicité des protections hygiéniques ont encouragé avec joie et assurance, la nécessité pour les femmes d’oublier leurs règles en utilisant tampons et autres protections, au point de créer l’utilisation d’applicateurs pour éviter de toucher un sexe qui serait souillé par son saignement.
    Dans le Shipibo-Conibo d’Amazonie (Anne-Marie Colpron, 2006), le sang féminin n’est pas associable au chamanisme car il perturberait par sa puanteur, l’apprentissage des pouvoirs du chaman masculin, “l’odeur de celui-ci serait si pénétrante.” Cependant, cette qualification du sang menstruel a été qualifié pendant des siècles comme impur ou honteux.

    Dans les générations actuelles, les femmes issues de regroupements et de mode de pensées nouvelles ou alternatives avec une spiritualité recréee recherchent à ce que la menstrue redevienne sacrée et
    ainsi, socialisante par la sororité qu’elle confère. L’idée est alors de se relier à son corps, de réenchanter comme certains peuples autochtones le faisaient jusqu’alors (ex. Touaregs du Mali) depuis des siècles et de recréer
    des concepts définis dans cette phase de maturation chez la jeune fille à l’aide de néo-rituels promulgués par les groupes de femmes amies ou familles, – à l’aide de techniques comme le rebozo (resserrement du bassin par des tissus), les huttes de sudation, le massage par d’autres femmes, le
    dépôt de fleurs sur le bas-ventre, les cercles de paroles et l’installation de tentes rouges ou roses. Les diverses techniques apprises par la jeune femme novice avec ses saignements sont alors au coeur d’un phénomène de d’intégration au cercle féminin.

    Les procédés d’accueil des lunes (expression pour évoquer les menstruations) ainsi que les diverses techniques corporelles liées aux premiers saignements font l’objet de socialisation des corps féminins dans diverses régions du monde depuis la nuit des temps. Chez les jeunes-femmes Touarègues du Mali, les premières pertes sont portées d’une attention toute particulière avec un apprentissage et une observation des femmes menstruées dans le but de s’initier.
    Une direction vers la sérénité, l’intimité, la profonde féminité comme lien à l’univers parmi ses soeurs et mères lui permet de sortir du stade de l’enfance avec douceur et un accompagnement bienveillant. Il s’agit ici d’un véritable rite de passage des jeunes femmes. Il est teinté de positivité
    vis-à-vis du commencement de leur sexualité. Elles apprennent à comprendre leur température interne et leurs variations émotionnelles par les femmes savantes pour assurer leur bien-être psychologique. Les jeunes femmes vivant ce passage sont parées et honorées, apprenant auparavant des gestes techniques de lavement après leurs menstrues pour revenir à leur clan.
    La vision naturaliste des cycles féminins chez les Touaregs du Mali est clairement respectueuse de la femme, et permet à l’autre d’être lui-même et de parfaitement s’intégrer.
    Les techniques d’accueil du premier sang menstruel font donc partie intégrante des techniques du corps de l’adolescence (Marcel Mauss 1936) permettant ainsi l’intégration et la socialisation, dans cet exemple précis, chez les Touaregs du Mali et prouve le passage de la jeune-fille à son nouveau statut de femme. Cet indissociable lien entre corps et âme (Samuel Baudoin, 2019) dans l’exemple des premières règles chez les Touaregs du Mali et dans la nouvelle spiritualité prouvent que les traditions sont à la source des apprentissages tout autant dans ces exemples cités. La compréhension de leurs corps permet de créer et développer alors un habitus et une intelligence émotionnelle profondément
    socialisante à chaque menstruation.

    Bibliographie

    COLPRON A-M., 2006, Journal de la société des américanistes tome 92, n° 1 et 2, Chamanisme
    féminin « contre nature » ? Menstruation, gestation et femmes chamanes parmi les Shipibo-Conibo
    de l’Amazonie occidentale.
    BEAUDOUIN S., 2019, « leçon 3 : « Techniques du corps » ANT-1602 Corps, souffrance et
    douleur, Université Laval, session d’hiver.
    FIGUEIREDO-BITON C., 2003, Initiation Sentimentale et sexuelle chez les Touaregs du Mali.
    L’autre, Revue, Cairn.info.
    MAUSS M., 1936, «Les techniques du corps»: 365-383, in M. Mauss, Sociologie et anthropologie.
    Paris, Presses Universitaires de France, 1950.

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    Pour citer le texte “Womanhood Project” , Mélanie Mélot, https://womanhood-project.org

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